“La question de l’expulsion dans les relations euro-méditerranéennes: Faire la lumière sur la zone grise”, Jean-Pierre Cassarino (College of Europe, Natolin)

Ce dossier comporte les contributions de Haykel Ben MAHFOUDH, Daria DAVITTI, Valeria HÄNSEL et Jean-Pierre CASSARINO. Les auteurs partent tous d’un constat commun : la coopération en matière d’expulsion s’est accentuée au moyen d’accords bilatéraux aussi bien standard qu’atypiques. Ils remarquent également que les modes opératoires se sont appuyés sur un mélange de pratiques formelles et informelles, sur des rapports ambivalents entre acteurs publics et privés, étatiques et non-étatiques, sur l’acceptation banale et généralisée de formules polysémiques et euphémiques et de catégories vagues dissimulant, de fait, des formes d’expulsion déguisées ayant de graves conséquences sur le respect des droits humains et la dignité des personnes.

L’ensemble de ces phénomènes dénote l’apparition, voire l’expansion, d’une zone grise. Cette expression est métaphoriquement utilisée par les auteurs pour désigner un espace où règnent le manque de clarté, l’ambivalence, l’imprécision et le flou. Cet espace ne permet pas uniquement de dissimuler et de camoufler, il permet de discréditer les actes de résistance, voire de les taire. Toute zone grise comporte un étrange paradoxe en soi : elle trouble la conscience de ceux qui la perpétuent mais apparaît à la fois justifiable comme un « moindre mal », au risque d’accepter le mal en tant que tel. Chaque auteur s’interroge sur les origines de la zone grise ainsi que sur ses attributs et ses conséquences multiples. Ces trois points (origines, attributs et conséquences) assurent une cohérence analytique au dossier thématique. Ils permettent de tracer une généalogie de la zone grise et, enfin, de comprendre.

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