“Les frontières négociées des assemblées citoyennes. Le cas de la Convention citoyenne pour le climat (2019-2020)”, Maxime Gaborit, Laurent Jeanpierre and Romane ROZENCWAJG (Sciences PO CEE, France)

Comme d’autres mini-publics, la Convention citoyenne pour le climat (CCC), qui s’est tenue en France en 2019 et 2020, a répondre à une double contrainte : pour que ses conclusions soient jugées valables du point de vue de la délibération, elle devait apparaître comme imperméable aux influences extérieures, mais pour que ses conclusions aient du poids, les membres de l’assemblée étaient incité·es à développer des alliances avec d’autres acteurs et actrices, et à porter ainsi le débat au-delà des murs de l’assemblée. Cette tension entre ouverture et fermeture, délibération et participation, mini-public et grand public, de plus en plus problématisée au sein des théories de la démocratie délibérative, a été résolue à travers certaines des caractéristiques organisationnelles et logistiques du dispositif, comme dans ces longues intersessions au cours desquelles les citoyen·nes ont été convié·es à investir leur rôle, ce qui a constitué un élément décisif dans la publicité des débats. L’article, qui repose sur une enquête ethnographique tout au long du processus, montre comment les frontières de la CCC ont été construites puis renégociées par les citoyen·nes et d’autres parties prenantes. Nous mettons en lumière un double mouvement d’importation d’acteurs et actrices externes et d’exportation vers le grand public, ainsi que des phénomènes de constitution progressive d’un « Nous » de l’assemblée citoyenne, opposé à un « Eux » qui renvoie aux institutions politiques et économiques comme au reste de la population nationale. Nous suggérons que tous ces mécanismes jouent un rôle majeur sur le devenir des mesures et qu’ils devraient faire l’objet d’une analyse plus systématique dans d’autres mini-publics et assemblées citoyennes. 

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